Samedi 01 février 2025
A Paris depuis quatre jours.
La ville n’a pas changé, les SDF sont toujours nombreux, les visages sont toujours délavés, le capitalisme et l’absence de foi font toujours autant de dégâts. Les Parisiens se meurent à petit feu comme s’ils étaient coincés dans une maison saturée d’amiante. Le cadre est toxique, pas les gens. Les hommes et les femmes donnent leurs meilleures années à cette femme sans cœur qui ne tient pas sa promesse. Elle promet la félicité mais elle n’est rien d’autre qu’un marchand de sommeil qui facture cher le logis et sert une soupe pauvre en nourritures terrestres et spirituelles.
Mais, moi je vais bien. Je vais bien par esprit de contradiction. Si eux vont mal, moi je vais bien.
Dimanche 02 février 2025
Métro Ligne 9.
La mama africaine qui parle au téléphone à voix haute. Je soupçonne une origine des Grands Lacs à certaines intonations mais je ne suis pas sûr de mon coup. On l’entend à dix mètres à la ronde. Elle fait comme si nous n’étions pas là. Elle veut nous dominer. Elle nous montre que nous n’avons pas une once de testostérone pour nous lever et lui demander poliment de baisser la voix. Une femme peut être violente.
La mendiante d’Europe de l’est qui chante faux dans une langue balkanique. Elle aussi, elle nous urine dessus. Cette misère exposée, cette comptine dans une langue que nous ne pouvons déchiffrer, tout cela est une claque au visage. Elle nous dit : « je suis chez vous mais je m’y comporte comme chez moi ; je n’ai rien à faire de votre sensibilité, je suis venue l’outrager avec ma laideur ostentatoire et mes mélodies discourtoises ».
Puis, il y a eu la jeune fille avec son chapeau russe couleur gris marbre et son immense manteau en cuir marron. Le visage clair, les yeux d’un noir foncé saisissant et des cheveux châtains impeccablement coiffés jusqu’au milieu du dos.
Soudain, le soleil se lève et le monde recommence à tourner en rond. L’ordre s’installe, en tout cas dans ma tête. L’ordre est une notion esthétique. Il dépend des courbes, des lignes et des compositions. Ce regard doux, ces cheveux lisses, ces couleurs tendres sont une raison pour croire que France n’est pas finie : il y a encore une harmonie, un sens, une possibilité de vivre sans devenir fou.
Jeudi 06 février 2025
Je regarde LCI. J’aime écouter le Camp du Bien. Je cherche la Rédemption…
Bruno Retailleau est mis au gril.
On lui jette à la figure que le tribunal administratif a annulé l’expulsion d’un influenceur algérien qui a appelé à la violence la plus abjecte contre les Algériens opposés au régime.
Je ne me souviens pas d’avoir entendu parler d’un tribunal qui aurait suspendu l’application des mesures tyranniques de l’époque du COVID. Le confinement, la suspension de la liberté des médecins de soigner leurs patients, la vaccination obligatoire avec une suspension peu ou mal testée : aucun tribunal n’a daigné s’en émouvoir. Comme si ma liberté en tant que citoyen sans histoires valait moins que celle d’un étranger qui appelle à la violence.
Qu’elle est belle la démocratie !
Lundi 10 février 2025
Elle est belle sous son manteau de fourrure blanc immaculé. La jupe est courte, rose pâle et plissée. Des jambes de patineuses, splendides, à la mode grecque antique. Une fine couche de tissu blanc et transparent les couvre de haut en bas comme un voile couvre un objet précieux pour le préserver des outrages du temps qui passe. Des bottes en suédine sable qui s’étirent jusqu’à la lisière des genoux.
Le visage ovale, le nez fin, les lèvres écarlates, les cheveux noirs aux reflets amande. Les yeux grands et les sourcils fins. Ils forment deux arcs de triomphe. Gloire à la délicatesse et à la fertilité !
Au-delà de la vitre du métro, Paris et son profil haussmannien. Des façades harmonieuses, des frises délicates, des marquises distinguées.
Partout, la beauté. Partout, la paix dans mon âme.
J’ai enfin trouvé une Parisienne digne de Paris.
À Passy, elle se lève, elle sort son téléphone et envoie un audio en Russe…
Jeudi 13 février 2025
Profil.
Cheveux noirs lisses. Veste noire. Jupe caramel clair à la hauteur des genoux.
La peau blanche, les yeux bridés. La femme parfaite.
Poussière d’empire. Indochine, Macao ou Hong Kong.
Elle a du sang blanc. Ode au métissage. La métisse est soit une réussite, soit une déception. Devant moi, dans ce restaurant bruyant de Saint Lazare, il y a une belle réussite.
Lundi 17 février 2025
Dès que l’occasion se présente, je me réfugie dans une église. Aujourd’hui, c’est le tour de Saint-Augustin à Paris. J’arrive au moment de la messe de midi. Je me place en retrait, en marge d’une dizaine de vieilles dames entourant un prêtre. Tout près d’eux, il y a un SDF ou quelqu’un qui ressemble à un accidenté de la vie. Il fait froid, mais l’église est superbe, à en oublier la dureté des éléments. Une femme noire s’agenouille à mes côtés. La cinquantaine, un manteau blanc impeccable, un chapeau sur la tête.
J’ai toujours voulu être original. Et je suis servi. Je suis un musulman parmi les catholiques. En France, au Brésil et ailleurs peut-être.
Mardi 22 février 2025
Ils sont tous kabyles : le cuistot, le gérant et le barman. Le seul français est le garçon. Ils servent du boudin et du magret de canard. Le vin est correct, les prix aussi. La décoration est franchouillarde et offre une belle parenthèse dans cette banlieue proche de Paris où l’habitat ouvrier sinistre alterne avec les immeubles immondes HQE.
Que voulez-vous que je leur dise moi à ces Kabyles ? Qu’ils changent leur prénom pour s’appeler Jean-Michel et Maurice ? Qu’ils plantent le buste de Marianne par-dessus le comptoir ?
Il faut les laisser tranquille. Ils sont bien. Qu’ils le restent.
Qu’ils demeurent Kabyles m’importent peu, si cela les rend heureux. Ils sont utiles au pays, ils ne sont pas une charge, ils créent des richesses.
Existe-t-il une réussite plus accomplie que de voir des étrangers défendre midi et soir la cuisine française ?
Au lieu de nous épuiser à vouloir faire des Français de contrefaçon, entourons-nous d’étrangers bien dans leur peau et qui partagent avec nous un objectif commun.
Qui doit fixer l’objectif ? Nous ! Pas eux !
Nous avons l’obligation et le privilège de fixer le plan de route.
Vendredi 28 février 2025
Au Maroc depuis dix jours.
Ma mère serait capable de balayer le sol pour s’assurer qu’il est propre avant que je n’y pose les pieds.
Mon père est parti il y a longtemps. Il ne reste que le souvenir d’une puissance bienveillante et d’une identité masculine sans complexe. Il n’est pas mort puisque son aura est encore dans les esprits de tous ceux qui l’ont connu. Même les bergers qui lâchent leurs troupeaux dans mon terrain se souviennent qu’ils n’auraient pas osé s’en approcher du vivant de mon père.
Le confort développe des hommes différents, peut-être inférieurs aux anciens. Moi, je sais écrire une dissertation (enfin, je l’espère), mon père savait se faire respecter. Ce serait bien que je parvienne à faire les deux, tel est le but de ce voyage.
Retrouvez ici le journal des périodes précédentes :
https://www.drissghali.com/fr/2024/11/29/journal-du-mois-de-novembre-2024/
et
https://www.drissghali.com/fr/2024/12/19/journal-du-mois-de-decembre-2024/
et
https://www.drissghali.com/fr/2025/01/03/journal-du-mois-de-janvier-2025/
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